Claude Ribot naît le 2 mars 1934 au Mans. Sculpteur et dessinateur, il vit et travaille toute sa vie en Sarthe, territoire auquel il demeure profondément attaché.
Formé à l’École des Beaux-Arts du Mans entre 1948 et 1953, Claude Ribot développe durant près de quarante ans une œuvre puissante. Son travail répond à une nécessité intérieure qu’il considère comme « vitale ». D’abord ancrée dans les techniques traditionnelles, sa démarche s’ouvre progressivement à l’exploration de nouvelles matières et de formes inédites, donnant naissance à une expression artistique libre, personnelle et singulière.
Le dessin d'humour noir
À l’issue de sa formation aux Beaux-Arts, Claude Ribot s’essaie à la peinture tout en poursuivant sa quête artistique. Il dessine sans relâche, faisant très tôt du dessin le moyen privilégié d’exprimer sa pensée, son regard sur le monde et son univers intérieur.
Entre 1958 et 1963
Entre 1958 et 1963, il travaille comme dessinateur d'humour pour les revues Arts et Positif. Autour du thème de la société moderne, son style graphique se caractérise par un trait minimaliste à l'encre de Chine, parfois enrichi de collages. Le ton est tantôt grinçant, tantôt absurde. Marqué par l'œuvre de Saul Steinberg, découverte dans les pages du New Yorker, Ribot adopte le principe du tracé continu, que l'artiste américain érige en règle graphique dès 1945. Il illustre également plusieurs textes de l'écrivain Jacques Sternberg.
Moins connu pour son travail d'illustrateur que pour son œuvre sculptée, Claude Ribot voit toutefois cette production graphique reconnue en 2015, lorsque sa famille fait don, à titre posthume, d'un ensemble de dessins satiriques originaux au Musée Tomi Ungerer – Centre national de l'Illustration à Strasbourg.
→ Consulter les dessins de Claude Ribot au Musée Tomi Ungerer
La sculpture : naissance d'une vocation
Le dessin constitue pour Claude Ribot un outil fondamental dans la compréhension de la sculpture. À l'origine même de son processus créatif, il accompagne et prolonge sa recherche plastique.
Sa vocation de sculpteur se précise à travers plusieurs chocs décisifs : la découverte, en 1962, de l'exposition Chefs-d'œuvre de l'art mexicain au Petit Palais à Paris, puis sa rencontre avec Ossip Zadkine dans son atelier de la rue d'Assas. Ces expériences fondatrices nourrissent une démarche personnelle, fondée sur la recherche, la réinvention et une sensibilité fine à la matière, dont il aimait rappeler qu'elle « a son propre génie ».Au cœur des années 1960
Au cœur des années 1960 émergent des sculptures en ronde-bosse formant un bestiaire. Les souvenirs de son enfance rurale nourrissent cette inspiration. Imprégné du sentiment de la terre, sensible à l'âpreté de la vie paysanne et émerveillé par la nature, Ribot observe longuement ce qui l'entoure. Guidé par un besoin irrépressible de modeler, il crée ses premières figures animalières (chat, lapin, cheval, coq, paon…), exécutées selon la technique traditionnelle du modelage. Cette période marque une étape essentielle de son parcours.
Le dessin : une véritable passion
Le dessin demeure l'une des grandes passions de l'artiste. Parallèlement à son travail en volume, Claude Ribot développe un corpus graphique riche et varié.
Dans les années 1960
Dans les années 1960, il réalise ses premiers portraits et natures mortes au fusain. Sa maîtrise technique, alliée à un style personnel affirmé, lui vaut d'être exposé dans plusieurs galeries parisiennes, notamment la galerie Paul Cézanne, la galerie Paul Norval et la galerie 55.
Il expérimente ensuite le stylo à bille. Tantôt bleues, tantôt rouges, les teintes, appliquées sous la forme de traits et de hachures, créent un rythme dynamique sur la blancheur de la feuille. Celle-ci constitue pour lui un espace rassurant, calme et lumineux, propice à la mise en relation de la figure humaine, de l'objet et du monde environnant.
Dans les années 1970, le dessin devient plus gestuel, traversé par une grande liberté de mouvement et le désir d'explorer de nouvelles techniques. Le travail à la mine graphite nourrit profondément sa recherche. Sa technique repose sur l'exploration de la feuille blanche, qu'il couvre d'aplats de fines hachures régulières et serrées, allant du gris clair au gris foncé. D'un trait sûr et appuyé, il circonscrit figures humaines, animales et objets, jouant des contrastes, des ombres et de la lumière pour insuffler au dessin tension et mouvement.
À travers cette œuvre graphique, Claude Ribot transpose sa vision de la société, ses obsessions intimes, son attachement au monde rural de l'enfance. Il y révèle également son éthique politique et philosophique, portée par un regard aigu sur le monde contemporain : conflits, injustices sociales et absurdités du quotidien nourrissent une œuvre vibrante et émouvante. Son expression, mêlant joie et gravité, s'inscrit dans une figuration libre et poétique, ouverte à l'interprétation.
Les années 1970 sont aussi marquées par des rencontres avec d'autres artistes sarthois, notamment les photographes Gilles Kervella et Georges Quaglia, ainsi que le graveur Bernard Chanson. Ces amitiés conduisent, en 1977, à la création du collectif d'artistes Le Carré à Cinq Côtés et à l'organisation d'expositions au Mans et à Laval.
Dans ce même contexte de recherche et d'échanges, Claude Ribot explore la linogravure. Bien que brève, cette période se révèle féconde : le linoléum lui permet de créer des compositions sur le thème du corps féminin ou inspirées de poèmes, faites de larges aplats aux tons bruns et chauds, donnant lieu à de subtiles variations chromatiques au fil des tirages.
Vers de nouveaux champs de recherche et d'expérimentation
Sculpture et espace public. À la fin des années 1960, ses recherches sur le volume le conduisent à repenser l'architecture des établissements scolaires. Inscrire la création dans l'espace public devient pour lui une évidence. Dans le cadre du dispositif du « 1 % artistique », il répond à de nombreux appels à projets et intervient, entre 1969 et 1987, sur plusieurs constructions publiques de la Sarthe.
Ses réalisations intègrent sculptures, décors muraux réalisés dans différents matériaux (béton enduit, béton laqué, mosaïque), dessins et même créations textiles, grâce à ses rencontres avec des licières. Ces interventions traduisent sa volonté de mêler art et architecture, tout en apportant sens et singularité aux espaces quotidiens des élèves.
Constructions, matériaux et monumentalité. En parallèle, ses études se développent autour de la notion de « constructions ». L'exploration de nouveaux matériaux (OSB, contreplaqué, cuir…) et la confrontation de formes géométriques produisent des compositions singulières faites de découpes, d'assemblages, d'emboîtements et de superpositions de plans aux tons chauds, bruns ou lie-de-vin.
Au début des années 1980, l'artiste oriente sa recherche vers la taille directe. Cette technique lui permet de créer des sculptures monumentales en bois de tilleul, avec une particularité : elles sont constituées de pièces mobiles. Animé par le désir d'allier forme, volume et mouvement, il fait de la figure humaine son thème central, donnant naissance à des œuvres majeures et emblématiques telles que La Femme dans la valise, Femme aux seins de cuivre, Déesse du rêve ou La Sentinelle.
Sa conception originale du volume dans l'espace et son désir d'approcher une certaine vérité le conduisent à transposer la réalité en formes stylisées, à la fois poétiques et puissantes. Son œuvre, d'un lyrisme affirmé, s'inscrit ainsi dans la lignée d'artistes tels que Henry Moore, Ossip Zadkine, Jacques Lipchitz ou Yves Ipoustéguy.
Le bas-relief
L'une des signatures marquantes de l'œuvre de Claude Ribot réside dans son travail du bas-relief, qui vibre sous la caresse de la lumière rasante. Ses fines plaques de plâtre, de porcelaine ou de bronze, captent le frémissement du monde. Chaque surface devient un territoire sensible où la lumière inscrit son passage : elle révèle un creux, souligne une courbe, accentue un volume.
La sensualité de ses compositions invite à une expérience tactile de la sculpture. De petits formats ou de dimensions monumentales, ses œuvres racontent le monde à travers la sensibilité de l'artiste : La Déesse des poissons, La Naissance de la ville, La Danseuse de tango, Le Prisonnier politique, Stèle en hommage à une chatte morte par vivisection.
« Cet univers, chargé de symboles, à mi-chemin entre le rêve et le figuratif insolite, possède la force créatrice, la puissance suggestive des représentations mythiques et archaïques. Les femmes de Claude Ribot ont l'ampleur des grandes déesses légendaires, les rondeurs de certaines statues primitives. Leur présence, comme celles de divinités tutélaires, est source de force et de puissance, ce qui n'exclut pas un humour toujours perceptible. »
— Michèle Lévy, poétesse, 1984
Le retour à la sculpture en ronde-bosse : les fontaines dans l'espace public
Dans les années 1990, Claude Ribot revient à sa passion pour le modelage. Ses sculptures, constituées de boulettes d'argile agrégées, qu'il nomme ses « cuirassés », dégagent une force pleine, adoucie par de calmes résonances. Figures hiératiques ou sensuelles, ornées d'attributs simples du quotidien (couteau, coquetier…), de symboles universels (croix, cercle, carré), elles explorent la dialectique du plein et du vide.
Naissent alors successivement Les Sirènes, Léda et les monumentales Danseuses, trois sculptures-fontaines de bronze commandées par la Ville du Mans et installées dans l'espace urbain. Animées par le ruissellement de l'eau, elles renvoient aux mythes, à la métamorphose des corps et à l'énergie vitale. La commune de Fresnay-sur-Sarthe possède également une fontaine réalisée par le sculpteur, Le Lion et son frêne, en hommage aux armoiries de la ville.
Dessin et poésie
À partir de 1993, Claude Ribot rejoint l'association culturelle éditrice Donner à voir, consacrée à la poésie. Il illustre régulièrement, seul ou aux côtés d'autres plasticiens, les anthologies des éditions (Bestiaire, Enfance, Soleil…), en dialogue avec les textes de poètes tels que Michèle Lévy, Dagadès, Jean-Claude Touzeil ou Alain Boudet.
Reconnaissance et transmission
La dernière exposition personnelle de l'artiste, présentée de son vivant en 2009 à l'Hôtel de Ville du Mans, offrait une synthèse fidèle de son œuvre.
Claude Ribot fut également professeur de dessin au collège Saint-Michel des Perrais de 1969 à 1976, puis professeur de dessin et de modelage à l'Université du Temps Libre (département de l'Université du Maine) de 1985 à 1995.